samedi 04 février 2012    


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Garein donne l’exemple avec son projet d’éco-hameau

Rue centrale

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Philippe Sartre est depuis 1995 maire de Garein, commune forestière située à une vingtaine de kilomètres de Mont-de-Marsan, qui compte un peu plus de 400 habitants. Dans cet entretien, il revient sur le projet original d’éco-hameau mené par son équipe municipale pour donner l’exemple, sur les problèmes budgétaires liés aux destructions causées par Klaus, et sur les conséquences de la réforme territoriale sur les investissements faits par les collectivités.

Comment décririez-vous votre commune ?
Bien qu’étant quasiment aux portes de chef-lieu du département, c’est vraiment un village très forestier. 90 à 95% de la superficie de la commune, qui est de 7000 hectares, sont recouverts par la forêt. J’ai souvent tendance à dire que c’est la porte d’entrée du parc naturel régional des Landes de Gascogne. Je souhaite par ailleurs que ce village reste un village. On essaye de garder tout ce qui nous ancre dans des valeurs locales en termes de paysage, d’architecture, d’environnement, sans être pour autant passéiste. Un exemple : entre acheter du mobilier urbain standardisé, métallique, laqué vert, en forme de croix de Saint-André, et mettre en place des petites barrières en acacia et en pin, nous, on fait le choix de mettre de la barrière en bois. Ca résume un peu la philosophie de l’équipe municipale.


Graine de forêt La création de l’espace muséographique Graine de Forêt et du parcours a aidé à renforcer cette identité ?
Cela n’a pas consolidé notre identité directement. Indirectement oui, parce que ça a permis de sauvegarder au cœur du village une maison à pans de bois du 19 ème prête à s’effondrer, à laquelle on a redonné une seconde vie. En sauvegardant notre patrimoine au cœur du village, forcément, on joue sur notre image et sur notre identité. Les Garinois ne s’amusent pas à faire le parcours tous les jours, encore que des dames d’un certain âge font quotidiennement leur parcours à pied sur ce chemin qu’elles trouvent agréable. En réalité, c’est un équipement plutôt valorisant pour les Garinois parce qu’ils savent que 3500 ou 4000 enfants chaque année y viennent et ils sont très fiers quand ils en entendent parler par des gens qui sont venus faire la visite et qui en sont enchantés. Eux n’avaient pas besoin de Graine de forêt pour apprendre à connaître leur pays. Et puis grâce à ça, Garein n’est plus que le village que l’on traverse. On y passe souvent sans s’en rendre compte, mais quelques fois, on y va, spécifiquement.

Quel est votre principal projet en cours ?
Projet Eco-hameau Nous sommes dans des programmes principalement opérationnels, de type accueil. Le premier concerne un lotissement traditionnel mais de qualité environnemental forte. Tout le couvert végétal des parcelles a été préservé, les fossés et les talus ont été intégrés dans l’aménagement, pour permettre aux futurs habitants d’avoir l’impression qu’ils y sont depuis plus longtemps.
A côté de ce programme, on a un autre très original : un éco-lotissement au nord du village, qui proposera des maisons de haute qualité environnementale (HQE) fabriquées en bois de pin à 99%. Elles seront mises à la vente en accession à la propriété grâce à des programmes de type pass foncier avec des taux de TVA à 5.5%. Il s’agit de proposer à des prix les plus raisonnables possible, principalement à des couples pour qui c’est la première acquisition, des maisons de très grande qualité environnementale et énergétique, puisqu’elles sont extrêmement bien isolées, bien orientées, et chauffées aux granulés de bois. Il y a 8 maisons dans ce programme. Garein doit rester un village donc il n’était pas question dy faire construire 20 ou 30 maisons supplémentaires.
Les habitations sont toutes de type 4 avec une surface d’environ 100m². Il y a trois types de maison. Le standard le moins cher est de 169 500 euros avec un terrain de 1200 m². Les autres vont jusqu’à 180 000 euros. Quand on additionne tout, on a l’impression que c’est un peu au-dessus des prix moyens, mais ce prix inclut la maison terminée à 100%, avec les peintures, l’achat du terrain, et son aménagement (clôture, portail). Il faut aussi intégrer le coût d’exploitation. En termes d’énergie, elles coûteront beaucoup moins cher à chauffer. Elles ont par ailleurs été dessinées par des architectes, ce qui leur donne une certaine valeur.
Il s’agit pour nous de participer à la promotion d’un habitat de qualité, tout en mettant en valeur une matière première locale à laquelle on tient, le bois de pin. On est plutôt dans une opération démonstrative, pour donner l’exemple. Ce projet répond aussi à une véritable demande foncière. Elle était permanente et très forte jusqu’à fin 2008 sur tout le territoire, y compris sur le territoire forestier. Tout ça s’est très largement calmé en 2009. Etant presque dans la couronne urbaine de Mont-de-Marsan, on aurait pu avoir une politique beaucoup plus active en matière d’accueil. Mais on n’est pas dans une logique forte de développement urbain. On veut vraiment un développement très maîtrisé pour avoir la meilleure intégration possible des nouvelles populations. Dans ce projet, nous en sommes actuellement dans la mise en œuvre de la partie de commercialisation. La vraie question concerne le marché. Est-il suffisamment porteur pour avoir des acquéreurs pour ce type de maison sachant qu’on est en pleine crise. Ce programme a toutefois été monté de telle façon qu’on puisse le démarrer dès qu’on aura deux acquéreurs.

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Quels projets avez-vous menés à bien depuis le début de ce mandat ?
L'église, totalement restaurée Il y a une continuité d’un mandat à l’autre. Très souvent, on trouve que les mandats des élus sont longs, mais quand on est de l’autre côté de la barrière, un mandat, ça passe assez vite ! Entre le monde de l’entreprise auquel j’appartiens en réalité et le monde des collectivités, il y a un écart de rythme. On est bien obligé dans le cadre des collectivités de murir nos dossiers avec une beaucoup plus grande ouverture et une plus grande participation, ce qui fait que les choses vont moins vite.
Le projet le plus emblématique, en termes d’investissement, c’est la restauration de l’église classée, pour laquelle on a souhaité faire une restauration complète. Elle a été terminée, en 2009, après un énorme programme démarré en 2006 qui s’est déroulé en trois phases. L’église, qui n’avait jamais été vraiment remise en état, a une grande valeur. Comme dans beaucoup de villages français, elle est l'un des monuments emblématiques les plus aimés. Ses assises remontent à l’époque romane, 12ème-13ème siècle. Elle a ensuite connu des extensions au 17ème et au 19ème siècle où un porche très prétentieux a été construit, pour montrer la richesse du pays et en mettre plein la vue. Il était disproportionné par rapport à l’église qui était plutôt d’une facture modeste et très empreinte de cette fibre médiévale et romane. Après une analyse des architectes de bâtiments de France on a, chose très rare, touché au porche d’entrée. On l’a restauré en lui donnant une facture plus appropriée, dans le style général de l’édifice. On a par ailleurs restauré les fresques du 17 ème. Aujourd’hui, l’édifice remis entièrement à jour est vraiment remarquable.
Ces travaux clôturent un travail d’ensemble mené sur presque dix ans sur le cœur du village pour lui redonner un paysage plus cohérent. Le grief fait à notre village était d’être particulièrement minéral puisqu’on est malheureusement traversé par une route nationale qui connaît un gros trafic avec 5 à 6000 véhicules jours. On était au fil des décennies devenu un village-rue. Ce qui était privilégié, c’était le passage des voitures. Notre stratégie a été de dire : certes on est très heureux d’avoir du passage, des gens qui s’arrêtent, puisqu’on a des bons restaurants, mais on veut redonner une place à la vie de village. On a donc réduit la largeur de la route nationale pour pouvoir avoir des trottoirs et permettre aux gens de faire du vélo. Nous avons également transformé l’ancienne poste - puisque la Poste aujourd’hui a muté dans le bureau de la secrétaire de mairie, d’ailleurs, tout le monde en est très content – en gite d’accueil pour les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle ou des stagiaires.

Quel est le prochain grand rendez-vous de Garein ?
Nous organisons depuis plus de 25 ans des Floralies. Elles attirent en moyenne de 5 à 6000 personnes en deux jours. C’est gratuit depuis deux ans maintenant. Il y a des décors floraux dans tous les sens, et une multitude d’horticulteurs et pépiniéristes qui viennent vendre des plantes au moment où il faut les planter. Cette année, elles sont organisées le 1 er et le 2 mai.
Dans le cadre de ces floralies, on reçoit depuis cinq ou six ans des artistes contemporains qui viennent interpeller le public qui est là plutôt pour faire des achats de plantes et prendre plaisir à regarder les compositions florales. Sur le territoire garinois, on avait déjà innové dans ce domaine, en association avec nos voisins de Sabres. L’idée est de faire un véritable itinéraire de l’art contemporain en pleine forêt. Il y a déjà à Garein une œuvre d’un artiste contemporain en plein forêt, accessible au public, qui avant d’être là, a été exposée pendant huit mois à Beaubourg (Musée national d'Art moderne), donc c’est une œuvre majeure, achetée par le FNAC, fond national d’Art Contemporain.

Avez-vous d’autres projets ?
Des projets, on en aurait plein. On a des équipements sportifs à remettre en état. Mais on fait partie des communes qui ont énormément souffert de la tempête Klaus. Comme je l’ai souvent dit à mes concitoyens, on ne se rendait pas compte qu’on était une commune plutôt riche, avec nos 750 hectares de propriétés forestières qui abondaient largement le budget communal, à hauteur de 20-25%. Aujourd'hui, envisager de les compenser par une hausse des impôts est impossible. Donc, on est dans une situation de crise profonde que l’on devra gérer pendant plusieurs années. On ne peut plus raisonner comme il y a un an et demi. La destruction est à plus de 80%. Le patrimoine perdu est colossal. Comme partout, les bois de tempête sont soldés. Leurs ventes vont représenter les recettes d’une année normale, répartie sur l’année 2009-2010. Après, il faut prévoir 25 à 30 ans sans aucune recette. Donc, à partir de 2011, les choses seront catastrophiques en termes de budget.

Allez-vous obtenir des indemnités pour ce manque à gagner ?
Le vrai problème est là. Le gouvernement a fait quelques annonces d’aides au fonctionnement des communes forestières sinistrées. Mais pour le moment, on n’a pas la moindre information sur ce qu’elles pourront être. On est donc dans une perspective peu engageante pour nos budgets. Si l’Etat ne donne pas a minima une petite aide de fonctionnement pour ces communes, je ne sais pas ce qui se passera.

La Mairie Ne craignez-vous pas que la suppression de la taxe professionnelle, intégralement compensée en 2010, mais sans assurance pour 2011, vienne encore grever vos budgets ?
Le moral est à zéro chez les élus parce qu’entre la tempête Klaus, dramatique pour notre région, et la réforme des collectivités et des services de l’Etat, il y a des incertitudes, tant du point de vue de la fiscalité que du mode de fonctionnement des différentes collectivités, de leurs compétences, etc. Même dans les petites communes comme les nôtres, les élus ne savent pas trop où ils vont, comment ils vont faire pour gérer leur commune. Pour le moment, on est dans un brouillard le plus complet.

Cela freine-t-il vos projets ?
Clairement. On termine les programmes engagés mais en dehors de programmes fonciers qui ne coûtent rien à la commune, tout le reste est mis en stand by. Ce qui a été annoncé au conseil municipal et à la population lors de réunions publique, c’est que pour le moment, on ne touchait plus à rien en terme d’investissement, et qu’on réduisait la voilure au minimum en terme de frais de fonctionnement en attendant que les choses se passent. Quand on réfléchit plus globalement à l’échelle d’une région, d’un pays comme la France, je pense que ces incertitudes vont bloquer énormément la capacité d’investissement des communes, même au niveau des toutes petites, où beaucoup d’investissements étaient faits. C’est assez surprenant d’en être là, parce que la relance aurait bien besoin des investissements des collectivités locales.

Ce message passe-t-il facilement auprès des habitants ?
Il passe mais il existe une énorme suspicion de tout le monde parce qu’on est aujourd’hui perturbés par des amalgames faits entre des très hauts revenus, des licenciements dans des grandes boites et la vie de la collectivité. On se retrouve dans des situations où nous, élus de petites communes, on explique qu’on doit serrer un peu les boulons en ce moment parce qu’il n’y pas d’autre solution. Et on a en face de nous des gens incrédules qui disent : « Vous nous dites ça, mais si on cherche bien, de l’argent on en trouve... mais pas pour nous ! ». C’est assez déstabilisant.

On vous parle des centaines de milliards débloqués par l’Etat français pour sauver les banques ?
C’est exactement ce parallèle qui est fait. C’est frustrant pour des élus comme nous, parce qu’on n’est pas du tout dans le même cas. Il y a un amalgame, et on est mis dans le même sac. Cela veut dire aussi que les gens vont être très éloignés de la mécanique de la réforme des collectivités actuellement en cours. La suppression des clauses de compétence générale des Conseils généraux et régionaux, qui risque de mettre à mal toute une vie associative locale, c’est de l’hébreu pour le grand public. Nous on essaie de sauver les meubles, et les gens ne comprennent pas vraiment la situation, parce qu’elle est très compliquée. Il faut être vraiment dans le bain tous les jours pour voir toutes les interactions.
J’espère qu’il y aura un débat sur cette réforme, parce c’est surtout le monde rural qui risque d’en pâtir. Les aides apportées par le Département ou la Région sur des projets en zone rurale sont vitales et là il n’y aura aucune structure équivalente capable de prendre et de mutualiser ce type de sujets. Concernant par exemple la restauration de l’église, l’aide du Département et de la Région a tourné autour des 30%, celle de l’Etat autour de 15%. Le gouvernement explique qu’il y a aura des solutions de substitution si ces financements croisés venaient à disparaître. On peut l’imaginer, parce qu’autrement, je crois qu’il y aurait une rupture telle que les choses interrogeraient beaucoup de monde.

Y’a-t-il un découragement de l’équipe municipale ou toujours une même volonté d’aller de l’avant ?
Dans l’équipe municipale, deux ou trois des onze membres sont beaucoup plus impliqués dans le côté budgétaire et stratégique et préparent les dossiers pour l’ensemble de l’équipe. Les autres sont plus dans l’action au quotidien, dans l’animation territoriale, et auprès des associations, dont ils font en règle générale partie. Tout ce volet pour le moment est encore très pro-actif. On est toujours dans l’élan d’après la tempête, où une très forte solidarité avait permis de renouer des liens et redynamiser une vie sociale associative forte. On n’est pas encore atteint par un pessimisme chronique, y compris dans les associations. Mais il y a quand même quelques inquiétudes, y compris chez les responsables d’associations qui ont des budgets importants à faire vivre et qui ont des personnels en charge.

La mise en service de l’A 65 va-elle avoir des conséquences, entraînant moins de passage sur la commune ?
Contrairement aux pronostics faits par un certain nombre de personnes, je pense qu’il y aura un impact, parce que cette autoroute risque d’accueillir plus de voitures qu’il n’y parait. Je pense que les Pyrénées, pour lesquels il y a un vrai déficit d’accès, vont profiter de l’A65 de façon extraordinaire. Nous faisons partie des parcours très empruntés dans la transhumance Bordeaux-Pyrénées. Après, le transport régional qui passe par là continuera, pour des raisons de coût.

Pour consultez l’article Garein teste le concept du « quartier landais », dans la partie réservée aux adhérents, cliquez ici.

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