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Déserts médicaux : une page se tourne…

le 7 juin 2012







La question de la présence médicale et de l'équité face à l'accès aux soins occupe, depuis ces derniers jours, le devant de l'actualité. A l'origine de cette brusque exposition, plusieurs événements, et notamment la publication de recommandations de la part du Cnom (*)…


Changement de cap ?

Ce document marque, en effet, un revirement plutôt spectaculaire par rapport à la politique menée jusqu'alors en matière de répartition des médecins sur le territoire. Cette dernière était en effet basée quasiment exclusivement sur des mesures incitatives, essentiellement financières. Considérant que cette méthode était un échec, le Conseil préconise désormais une attitude beaucoup plus coercitive. Parmi les recommandations formulées, on retiendra celle imposant à tout jeune médecin de s'installer entre trois et cinq ans dans la région où furent effectuées ses études de 3e cycle.

Concernant l'accès aux soins, le Cnom, ayant constaté un aggravement de la situation (en 2010, près d'un français sur quatre y aurait renoncé pour des raisons financières), a tenu à stigmatiser ce qu'il nomme des « dérives inacceptables ». En ligne de mire, les fameux « dépassements » que le Conseil souhaiterait limiter au maximum de 3 à 4 fois le montant « sécurité sociale », avec obligation pour le praticien de « réserver au moins 30% de son activité au tarif du secteur 1 ».


Les élus espèrent, les étudiants désapprouvent…

Si l'on peut supposer que les élus accueilleront assez favorablement cette publication (l'APVF avait précédemment publié un manifeste en faveur du maintien et du développement des petits hôpitaux et des pôles de santé), on a pu se rendre compte qu'il n'en fût pas de même du côté des syndicats étudiants, qui ont vivement réagi à la proposition phare du Cnom, via un communiqué de presse. Le fait que les jeunes praticiens seraient les premiers concernés par une telle mesure (qui ne toucherait pas les médecins déjà installés), n'est sans doute pas étranger à cette grogne…


Les médecins pour une réflexion d'ensemble

Comme le démontre une récente étude réalisée par TNS-Sofres pour la Fédération hospitalière de France auprès d'un échantillon de plus de 800 médecins, les praticiens plébiscitent une pause « pour réfléchir à de nouvelles réformes ». On notera au passage que la plupart d'entre eux sont sensibles à la question de l'offre médicale en zone rurale ou en banlieue. Ainsi, un fort pourcentage d'entre eux approuve la création de maisons médicales, en particulier ceux exerçant en hôpital (85%).


Quand le Sénat ausculte la médecine

Comme on le voit, une présence médicale équitable sur notre territoire n'est pas chose aisée à obtenir, c'est sans doute pour cette raison que le Sénat a souhaité constituer un groupe de travail présidé par Jean-Luc Fichet. Installé au printemps, le comité est chargé de réfléchir à la problématique des déserts médicaux et de proposer des pistes de travail. Les premières suggestions devraient faire leur apparition dès la fin 2012 ...


Un décret pour la médecine « foraine »

Malgré ces tiraillements, la cause de la restructuration des territoires et de la médecine de proximité évolue tout de même un petit peu, comme l'illustre un récent décret consacré à la « médecine volante ». Jusqu'ici prohibés, les cabinets « mobiles », seront désormais tolérés, moyennant cependant quelques conditions, par exemple « lorsque les carences de l'offre de soins l'exigent »… Notons que pour éviter tout abus, les autorisations seront soumises au conseil départemental de l'ordre des médecins, afin que celui-ci vérifie « que le médecin a pris toutes dispositions pour répondre aux urgences, garantir la qualité, la sécurité et la continuité des soins aux patients qu'il prend en charge ».



Consultez les recommandations du Cnom .

Le manifeste de l'Association des petites villes de France.

Le communiqué de l'Isnih (Intersyndical national des internes des hôpitaux).

Le communiqué commun de l'ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France), l'ISNAR-IMG (Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale) et le REAGJIR (Regroupement autonome des généralistes, jeunes installés et remplaçants)

Pour aller plus loin, consultez la note de synthèse de l'enquête « Les médecins et la réforme du système de santé ».

Le Décret n° 2012-694.

(*)
Conseil national de l'ordre des médecins

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